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INTERVIEW : SEBASTIEN REDON LEVIGNE

mai 25, 2009

id_noire_by_edredonPremière interview de 2009 avec le photographe Sébastien Redon Lévigne. Son regard quasi pictural et sa sensibilité touchante suscitent chez moi un réel intérêt qui m’ont donné envie de l’interroger. Rencontre avec un artiste singulier et sincère.

Question rituelle, peux tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Je m’appelle Sébastien Redon Lévigne. J’ai 33 ans, je vis et travaille à Lyon où je retouche des photos essentiellement pour la publicité en utilisant Photoshop toute la journée. J’ai commencé la photographie enfant avec mon père, puis dans différents clubs et enfin dans le cadre d’un C.A.P et d’un Bac Professionnel.

Comment procèdes tu pour réaliser tes photos ?bouquet_de_nerfs_4_by_edredon

J’utilise essentiellement un vieil appareil moyen format, une chambre 4×5 inch et divers appareils 24×36 mais j’ai aussi un petit compact numérique et je me sers parfois des scanners pour numériser des objets. Je viens de mettre au placard mon Nikon F3 car sa pile est tombée en panne. D’une façon générale, je n’aime pas les appareils trop modernes, avec plein de boutons et vendus avec un livre « mode d’emploi ».

Suis tu ton instinct pour prendre tes photos, ou bien tu prépares longtemps à l’avance ?

La plupart sont faites à l’instinct même si certaines natures mortes me demandent beaucoup de temps de réflexion, de croquis ou de brouillons avant de commencer la mise en place des objets. Mais dans ces cas là, une fois que j’ai commencé à installer la composition, il faut que les choses aillent très vite, pas plus de quelques heures ou minutes, sinon le doute m’envahit et je remballe tout … C’est aussi pour cette raison que j’évite de mettre trop d’éléments dans mes images, il faut que cela reste le plus simple et le plus sobre possible. Je n’aime pas les choses compliquées et fastidieuses.

la-poire-et-le-moucheronQu’est ce qui t’attire dans les natures mortes que tu utilises beaucoup ?

Ce sont les objets qui m’attirent, les souvenirs auxquels ils sont rattachés ou bien l’imaginaire qu’ils représentent comme les fruits ou les fleurs. Il y a aussi tout ce qu’ils ont à nous dire, ce que l’on veut bien leur faire dire, comme lorsque j’utilise de la poussière, des fils de fer ou des couteaux.

Tu préfères plutôt l’argentique ou le numérique ?

Argentique ET numérique … L’argentique pour la prise de vue en utilisant le plus souvent des appareils des années 50 et le numérique pour le développement des images. C’est incroyable ce que l’on obtient d’un négatif numérisé avec un bon scanner et travaillé ensuite avec Photoshop. Il y a également toutes les possibilités de photomontages qui sont aussi des choses que j’aime beaucoup réaliser.

Il y a un côté « hors d’âge » dans tes clichés, de par les sujets classiques que ton regard d’artiste modernise. Jouer avec les codes anciens pour en proposer une relecture c’est un peu le lien entre tous tes travaux, non ?

Je ne sais pas, c’est certainement à cause des " quincailleries " que j’utilise pour prendre mes photos. Je suis le plus souvent inspiré par la fragilité, l’usure ou simplement le temps qui passe et les traces qu’il laisse dans nos vies. J’essaie aussi souvent de parler dans mes images de la façon dont les souvenirs se transforment avec le temps, voire comment ils disparaissent. Je suis aussi très inspiré par les peintres classiques et les pionniers de la photographie ainsi que par le rendu des procédés anciens.

dust_landscape_v2__6_by_edredon« Paysages de poussière » est une série qui m‘a marquée par la poésie qui s‘en dégage, peux tu nous expliquer comment tu as procédé   pour réaliser ses images?

J’ai commencé ces séries sur un coup de tête. Pour la première série, j’ai simplement scanné des plaques de poussière que je ramassais dans mon sèche linge, que je découpais puis assemblais jusqu’à obtenir un paysage. Je changeais ensuite les couleurs en m’inspirant de tableaux romantiques mais surtout des paysages dessinés par Victor Hugo.

Pour la seconde série, j’ai photographié des rideaux, des tissus ou les murs de mon appartement en suivant mon imagination, mes rêves et en m’inspirant du travail de Giacomelli, un photographe paysagiste italien qui a un rendu très particulier, granuleux. Actuellement, je prépare la troisième série, avec la réalisation d’un appareil sur mesure et qui sera un peu particulier mais je ne sais pas encore vers quoi je vais aller.

eliofelx_collioure_2_la_barque_by_edredonTu sembles beaucoup apprécier l’Elioflex ?

C’est une longue histoire d’amour en effet. J’ai cet appareil depuis plus de 17 ans et il ne me quitte que rarement. J’aime m’en servir car il n’a que des défauts et il me réserve tout le temps des surprises.
– son obturateur est cassé et ses 4 vitesses n’en font qu’à leur guise …
– la mise au point se fait au jugé, ce qui m’oblige à me servir d’un mètre ou à compter mes pas pour pouvoir faire une mise au point " précise "
– il a un vignettage énorme
Mais surtout il a un obturateur et un diaphragme à lamelles en L qui s’entrecroisent, ce qui donne un flou avec une diffusion particulière.
C’est pour toutes ces raisons que j’aime m’en servir, pour photographier des paysages qui me touchent, des souvenirs, des petits moments de bonheur.
C’est aussi mon carnet de notes. J’espère qu’il me suivra encore longtemps.

Comment sont nés le projet et le livre « Noir presque transparent » ?

Ce projet est né d’essais de natures mortes que j’avais réalisées avec mon Elioflex. Pendant longtemps, le résultat ne m’a pas convaincu jusqu’à ce que je prenne le problème à l’envers. Au lieu de montrer ce qui me plaisait dans ces images, j’ai cherché les défauts et j’ai axé mon travail dessus pour obtenir ces couleurs particulières mais être aussi le plus proche possible de la surface du négatif, du support et ne plus être dans l’image elle même.
Mais surtout, ce projet est né de la rencontre avec Cyril sur Deviant Art qui a réorganisé ces images et écrit le texte qui les accompagne si bien et qui correspondent parfaitement à l’esprit de mes images.

cover_bookLa relation écriture/photo c’est une voie qui t’intéresserait de poursuivre ?

Oui, bien sûr et c’est déjà une part importante de mon travail car même si les histoires et les sentiments que j’essaie d’évoquer sont toujours très personnels, le point de départ d’une image commence souvent pour moi par un mot, un vers, un son entendu ou lu dans un livre, une chanson ou dans la rue. Ensuite, je brode, je déforme, j’articule mes phrases et enfin je commence à penser en terme d’objets, de couleurs pour arriver finalement à une image.

Tu montres souvent les différentes étapes de ton travail sur Deviant Art, ce qui est une démarche plutôt rare. Tu as besoin des retours du public pour avancer sur un projet ?

Non, c’est surtout que je me précipite trop souvent à mettre mes images en ligne une fois qu’elles sont réalisées. Et puis mon regard change, je corrige, je modifie ou je recommence complètement. Mais c’est vrai que les retours, les avis et les conseils sont des choses très importantes pour moi. J’aime quand Deviant Art devient un vrai lieu d’échanges. Pour cela, c’est une plate-forme très intéressante que j’apprécie beaucoup.

bouquet_de_nerfs_viii___b_by_edredonC’est un choix de ne pas photographier d’humains ?

Il existe quelques autoportraits mais les images sont tellement sombres que peu de gens m’y reconnaissent. Je ne fais pas de portraits parce que je ne suis pas doué en relations humaines, je suis très timide et très réservé pour tout ce qui concerne mon travail photographique. Quelques uns de mes amis viennent de découvrir certaines de mes images faites à l’Elioflex car je viens de les exposer mais je garde encore pour moi les « Bouquets de nerfs » et les « Paysages de poussières »

L’autre raison principale pour laquelle je ne fais pas de portraits c’est que je n’aime pas avoir un appareil photo entre moi et une personne. C’est quelque chose qui me gêne vraiment et ce qui fait aussi qu’il est quasiment impossible de me photographier. Et puis les objets peuvent en dire tellement sur nous-mêmes que c’est une voie que je veux continuer à explorer.

Des projets, des expositions ?untitled_still_life___color_by_edredon

J’ai plein de projets. Presque trop car chaque jour je rajoute de nouvelles idées, de nouvelles envies ou des nouvelles images à réaliser. Les projets du moment sont d’essayer les procédés anciens et retravailler sous un agrandisseur.

J’aimerais également fabriquer un appareil photo pour une nouvelle série de « Paysages de poussière », essayer les sténopés. La trichromie directe est ma grosse envie actuelle, pour pouvoir facilement créer des natures mortes en couleur avec ma chambre 4×5 et surtout aborder la couleur différemment.

Par ailleurs, je vais exposer une partie de mes images réalisées avec mon Elioflex à la Libraire « Ouvrir l’œil » fin mai à Lyon.

Enfin, avec Cyril nous sommes en train de travailler pour monter l’exposition « Noir presque transparent », mais c’est encore trop prématuré pour pouvoir en parler.

Le mot de la fin ?

Merci de m’avoir accueilli et je tiens à préciser auprès de tes lecteurs que j’ai bien 33 ans et non pas 133 ans car à force de parler vieilleries certains doivent commencer à se poser la question .
Deviant Art
http://edredon.deviantart.com/

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